L'histoire du couvent Saint François de Calvi

Le couvent Saint-François de Calvi

Le premier couvent franciscain
Un premier couvent franciscain a été élevé dans la première moitié du XIIIe siècle. Il était situé sur la presqu’île Saint-François. Sa fondation est attribuée à François d’Assise, mais il semble plus vraisemblable qu’il ait été érigé par un de ses premiers disciples, Giovanni Parente ou Parenti. Il s’agit, avec le couvent de Bonifacio, du plus ancien l’île. Les Génois ne sont pas encore présents à Calvi, ils auraient fondé une nouvelle forteresse vers 1270.
En Corse, les Franciscains connaissent rapidement un succès important car leur manière de vivre s’accorde à celle des habitants. Ils contribuent activement à l’évangélisation de l’île. Ils contribuent à la formation d’une mentalité religieuse typiquement corse.
Le couvent devient rapidement un espace central de la vie religieuse. Les Calvais sont enterrés dans son cimetière jusqu’à la fin du XVIe siècle.
Le premier établissement est détruit lors des guerres de Sampiero Corso au milieu du XVIe siècle. En juin 1555, la citadelle est assiégée par cent galères de la flotte ottomane menées par Dragut. Elles sont appuyées par la force navale française commandée par Paulin de la Garde. A Calvi, les forces armées génoises sont dirigées par Nicolo Pallavicini. Il organise la résistance, aidé par de nombreux capitaines corses. La ville subit de gros dégâts et une brèche est ouverte dans les remparts. Le 10 août, les Français donnent l’assaut, les assiégés résistent. Le Christ Noir est sorti et posé sur la trouée. A trois reprises les Turcs sont repoussés. Ils finissent par se retirer. L’offensive a échoué. La ville sort meurtrie du conflit mais la résistance calvaise face aux forces franco-turques devient un exemple pour les autres présides génois. La République reconnaissante fait apposer sur le fronton à l’entrée de la citadelle une plaque de marbre portant l’inscription « Civitas Calvi semper fidelis ».

Le second couvent San Francesco
La reconstruction du couvent
Les Calvais étaient très attachés aux Franciscains. Ils demandent à deux reprises, en 1579 et en 1585, la reconstruction du couvent. La requête de juillet 1585, portée par le frate Santo, précise que cet établissement est une nécessité absolue pour encadrer les fidèles, le clergé séculier ne pouvant seul assumer cette charge. Afin qu’il soit protégé des descentes turques, particulièrement nombreuses à cette époque, il propose la fortification du nouvel établissement qui sera édifié hors des murs de la cité. Les autorités génoises donnent leur accord, pour une œuvre « pieuse » et « sainte ». Le couvent sera érigé grâce aux sommes recueillies auprès des Calvais notamment ceux, installés en Espagne, qui ont fait fortune. Cette présence dans la péninsule ibérique et en Amérique a été un élément mis en avant par les partisans de la naissance de Christophe Colomb à Calvi. Giovanni Antonio de Vincentello, qui est à Séville, aurait été le principal donateur. Généralement, les couvents insulaires sont construits grâce à la participation de la population (dons, journées de travail).
Le nouvel établissement franciscain, San Francesco, est érigé, au lieu-dit agnelle, sous le fort Mozello. Il est situé à proximité de la route qui dessert la ville (figures 1 et 2). Une mission franciscaine est envoyée sur place dès 1589. Il appartient aux récollets, ou observants, appelés zoccolanti (à cause des sandales grossières qu’ils portent) dans les archives de l’époque moderne.


Figure 1 : Calvi au 18e siècle, archives de Vincennes.


Figure 2 : Calvi au 18e siècle, in Calvi, GALETTI Jean-Félix, LOVERINI Marie-Josée, 1991.

Les travaux, débutés en 1594, durent 15 ans. Le projet initial, trop ambitieux, n’est pas respecté. Le bâtiment est réduit des deux-tiers par rapport aux dimensions prévues. Il accueille quatre à cinq religieux au XVIIe, neuf en 1790, il peut en accueillir onze. A cette date, ils sont originaires de différentes communautés de Balagne, seul Gio Battista est d’une autre région de l’île. Le plus jeune a 25 ans, le plus âgé 75 ans. Les Franciscains séjournent dans plusieurs couvents au cours de leur vie, certains font des séjours dans la péninsule italienne.

Le bâtiment
Les représentations de l’établissement (figures 3, 4, 5 et 6) sont assez fidèles à la description qui en est faite lors de l’inventaire dressé en juin 1790.


Figures 3 à 6 : le couvent Saint-François entre 1757 et 1780, archives de Vincennes.

L’église
L’église est assez vaste. Le corps est orné de représentations du saint Crucifix, de saint François, de notre dame du Carmel et de saint François-Xavier, de saint Pascal, saint Diego, saint Pierre, de la Trinité et d’un chemin de croix. Le saint crucifix est entouré de deux statues en bois, saint François (figure 7) et saint Antoine. Il y en a également de sainte Lucie, dans une niche, et de sainte Catherine. L’église compte neuf bancs et quatre confessionnaux.
Dans le chœur, un orgue et son orchestre, déjà présents en 1769, une armoire et un pupitre (figure 9).


Figures 7 et 8 : saint François (fin XVIe ou début 17e, église Saint-Jean-Baptiste) et tabernacle (Palissy)

Dans la sacristie, un grand banc en noyer, deux prie-Dieu, différents meubles, des reliquaires, dont un en argent, et des reliques sont inventoriés. Les objets liturgiques sont nombreux : quatre calices et deux patènes, deux ostensoirs en argent, un ciboire en argent et un autre en laiton doré, un encensoir, un aspersoir et un vase contenant l’huile sainte le tout en argent, des chandeliers. Dans une armoire, les ornements et les habits nécessaires au calendrier liturgique (en damas, en brocard…). Il y a aussi des ouvrages destinés à la célébration des offices (missels, bréviaires, vespéral)

Figure 9 : inventaire de 1790, archives nationales.

Le tabernacle (figure 8) qui se trouve aujourd’hui dans l’église Saint-Jean-Baptiste, qui proviendrait du couvent, n’est pas mentionné.
Le couvent a deux cloches, et des clochettes (pour l’autel, le réfectoire, le chœur…). Le mobilier et les objets liturgiques semblent démontrer qu’il paraît plus riche que le couvent voisin des Capucins.
Parmi les objets inventoriés, certains appartiennent à la compagnia della Nostra Signora del cordone (une bannière, un baldaquin, deux bancs et des ornements dont une représentation la Madonna del cordone). Il s’agit d’une confrérie qui doit avoir son siège dans le couvent.

Le reste du bâtiment
A côté de l’église, le bâtiment est destiné au logement des religieux. Il comprend un dortoir avec onze cellules et une commodité. Le mobilier n’est pas décrit. Les religieux disposent d’une literie composée d’une paillasse, de draps, de couvertures et de couvre-lits, certains sont neufs, d’autres usagers. Il y a une horloge. Le réfectoire comprend cinq tables en noyer et des sièges. A proximité, la cuisine est dotée du matériel nécessaire à la cuisson (marmite en cuivre, casseroles, poêles…). La vaisselle est en étain. Il y a également une libreria (bibliothèque) avec une armoire en bois qui renferme cent trente-deux livres sacrés et profanes de divers auteurs. En comparaison, la bibliothèque du couvent capucin de Calvi compte plus 1250 livres imprimés ou manuscrits.
Il y a aussi deux pièces qui servent au stockage. Les religieux peuvent entreposer des quantités importantes de vin (plus de 5000 litres). Ils possèdent une mule.
Les abords du couvent
Un jardin jouxte le bâtiment avec deux entrées, une côté couvent, une vers l’extérieur à l’ouest. Il est fermé sur un côté par un mur en pierre sèche, les trois autres sont maçonnés. Il n’y a pas de source. Les religieux possèdent 27 ares de vigne. Ils font eux-mêmes leur vin. La viticulture est une activité majeure du terroir calvais. Dans la cantina, un pressoir est présent. Dans le jardin, il y a dix figuiers et six amandiers. Il est beaucoup moins fourni que celui des Capucins qui comptes des citronniers, des orangers, des figuiers, des poiriers, des abricotiers, des oliviers, des sorbiers et quatre-vingt amandiers. Un terrain d’une cinquantaine d’ares, fermé en partie par un mur en pierre sèche, jouxte le jardin. Les religieux les travaillent eux-mêmes. Ils possèdent des outils pour cultiver et entretenir leurs terrains. En effet, ils peuvent également compter sur sept parcelles qui appartiennent à l’établissement. Six sont situées sur le territoire de Calvi, une dans la commune voisine de Lumio.

Un espace majeur de la vie religieuse calvaise et balanine
Après sa reconstruction, le couvent redevient un lieu majeur de la vie religieuse. Des Calvais y sont inhumés après la célébration de leurs obsèques dans l’église cathédrale, Saint-Jean-Baptiste, située dans la citadelle. L’église conventuelle accueille des individus de toutes les catégories sociales, qui ne sont pas tous natifs de Calvi. Les plus riches peuvent être enterrés dans des tombeaux particuliers familiaux (des Calvo qui sont installés en Amérique, des Petrucci, de Padova du feu Leonardo Pisanelli épouse de Francesco Magnara, des Ceccaldi, des Antonelli…), ceux qui n’en possèdent pas et les moins aisés sont ensevelis dans des arche (tombes) collectives. La plaque en marbre du tombeau des Antonelli serait conservée dans l’oratoire Saint-Antoine. Les inhumations paraissent décliner au cours du XVIIIe siècle, les Calvais paraissent préférer la cathédrale. D’autres choisissent Santa Maria. Le couvent capucin, qui abrite un nombre plus élevé de religieux, douze en 1790, ne sert qu’exceptionnellement de lieu d’inhumation au XVIIIe siècle.
Dans le cadre de la Piété baroque, les religieux célèbrent des messes pour le salut de l’âme des défunts. Il est commun de trouver dans les testaments calvais la mention de legs pieux destinés à les financer. En 1790, le couvent dispose de vingt rentes constituées, elles sont perpétuelles et gagées sur un terrain. L’influence de l’établissement dépasse le cadre de la cité. Les rentes sont concédées par des Calvais. Il est possible de citer par exemple le Magnifico Saverio Giubega, père de Laurent Giubega, parrain de Napoléon. Des habitants des communautés voisines (Lunghignano, Lumio, Montemaggiore, Cassano ou Zilia), dont certains sont des membres éminents de la notabilité rurale (D. Domenico Leca ou Francesco Renucoli de Lumio), en créent aussi.
En 1790, ces rentes rapportent un revenu annuel d’un peu plus de 200 lire, et les autres legs pieux d’un peu plus de 450 lire. Il est intéressant de noter que certaines rentes constituées sont relativement récentes, ce qui signifie que cette tradition se perpétue. Mais le couvent franciscain de Calvi a dû certainement faire face, comme les autres établissements de l’île à un recul des dons. En 1790, il est d’ailleurs lourdement endetté. Il doit plus de 2000 lire.
Enfin, comme dans les autres couvents de la région, des privés possèdent des autels à l’intérieur de l’église conventuelle.

La Révolution française et ses conséquences
Suite aux lois de novembre et décembre 1789, la Constituante met à la disposition de la nation les biens du clergé. Les autorités procèdent aux inventaires des couvents et des terres qui leur appartiennent. Le couvent est évalué 4 000 livres en 1790, 11 815 avec la vigne et les terres qu’il possède. Il est vendu à un particulier.
Il est probable que l’établissement ait été endommagé lors du siège de 1794 mené par les Anglais sous les ordres de Nelson. Celui-ci perd un œil devant Calvi. Cette attaque a causé des dégâts importants dans toute la ville. L’offensive a débuté le 17 juin et s’est terminée par la capitulation de la ville le 5 août. Le fort Mozello, situé au-dessus du couvent, est tombé aux mains des assaillants le 19 juillet. Il a subi d’importants bombardements.
Au début du XXe siècle, Calvi s’ouvre au tourisme. Les premiers établissements hôteliers ouvrent. Cette activité deviendra une centrale de l’économie locale à partir des années 1960.


Figure 10 : Calvi au début du XXe siècle, www2.culture.gouv.fr/documentation/joconde/fr/

Bibliographie sommaire
BATTESTINI François Félix. Calvi au XVIe siècle. Asnières : éditions Ambrosini, 1968.
BIANCO Pierre. Calvi préside et cité de Corse aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ajaccio : A. Piazzola, 2008.
CASANOVA Sylvestre Bonaventure. Histoire de l’Eglise de Corse. Zicavo : chez l’auteur, 1931, 1939.
CASTA F. Joseph. Le diocèse d'Ajaccio. Editions Beauchesne, 1974.
GALETTI Jean-Félix, LOVERINI Marie-Josée. Calvi. Aix-en-Provence : Edisud, 1991.
GRAZIANI Antoine-Marie. La Corse Génoise (1453-1768). Ajaccio : Editions Alain Piazzola, 1997.
RUBELLIN Sébastien. L’orgue en Corse de 1557 à 1963. Ajaccio : Alain Piazzola, 2004.


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